Un pour tous et tous pour le 1 %

August 4, 2014

Petit texte de réflexion avant de voir ou de revoir la pièce de théâtre du même titre, écrite et montée par des étudiantes et des étudiants d’un cours d’économie à l’Université de Hearst, ceci dans le cadre du festival « Hearst sur les planches »

 

 La question de l’origine des inégalités sociales a depuis longtemps intrigué nos ancêtres à travers les siècles. On peut résumer ce débat en une question : les inégalités que l’on observe entre les personnes sur le plan de la richesse sont-elles naturelles ou sociales? 

 

Si on conclue qu’elles sont naturelles, alors on ne peut rien y faire disait-on parce qu’elles relèvent de notre nature humaine : certaines personnes sont plus douées, plus motivées, plus méritoires, avec comme résultat qu’elles accumulent plus de biens et de richesses sous différentes formes selon les époques. Les choses seraient donc ainsi faites, voilà tout! 

 

Si nos analyses nous amènent plutôt à pencher du côté de la thèse de l’origine sociale des inégalités, c’est une autre histoire : c’est dire alors que nous avons créé les conditions qui les rendaient possibles… et même « inévitables »… Drôle de paradoxe n’est-ce pas? En effet, dans ce cas, le fait que certaines personnes deviennent plus riches serait plutôt le résultat direct de conditions sociales ou de structures sociales qui les avantagent au détriment des autres et ce, peu importe, jusqu’à un certain point du moins, les dons, la motivation ou le mérite de chacun, chacune. Voilà qui est plus complexe, plus proche de la réalité (selon moi) et aussi plus gênant… 

 

La question générale de la répartition des richesses se pose entre les membres d’une entreprise, d’un secteur économique, d’une région, d’une communauté. Elle se pose également entre les sexes, entre les générations, entre les classes sociales, entre les groupes ethniques et, ultimement, entre les peuples.

 

Mais qu’est-ce que la richesse finalement? Ça ne se limite pas à l’argent que l’on possède, mais cet argent donne accès à toute une série d’« avantages sociaux » qui vont du pouvoir, au prestige, à l’accès plus facile à l’éducation, à une plus longue espérance de vie en santé, à la culture, aux voyages et à l’ensemble des biens matériels qui sont autant de marqueurs de cette richesse qu’on ne se contente pas d’avoir, mais qu’il faut aussi montrer…  

 

Ceci étant dit, deux petites questions pour stimuler notre réflexion. 

 

D’abord, pourquoi y a-t-il des pauvres? Pensons-y, c’est facile : parce qu’il y a des riches! Une analogie peut aider ici. Imaginez une tarte et sept convives qui s’apprêtent à se la partager. Si on déplace maintenant cette analogie à l’échelle de notre société, les sept convives sont les sept milliards d’êtres humains sur notre planète. Voilà venu le temps de nous servir. Qui passe en premier? Nous savons tous que la réponse à cette question n’est pas un tirage au sort. Qu’est-ce qui arrive alors si la première personne prend la moitié de la tarte? Je vous laisse imaginer la suite : que restera-t-il aux trois derniers invités?

 

Ensuite, seconde question et celle-là c’est à chacun, chacune d’y répondre: sommes-nous à l’aise d’être parmi les personnes les plus privilégiés de la planète quand on réalise que ce privilège n’est acquis qu’aux dépens des milliards de nos semblables qui ne le sont pas, qui ne le seront jamais parce que, socialement, on leur a bloqué la route en raison d’une forme bien particulière d’organisation sociale et économique? Acceptons-nous cela? Dit autrement, il s’agit de prendre conscience que mon bonheur (si bonheur = richesse) repose sur le fait que des tas de personnes doivent rester malheureuses et pauvres, même très pauvres. Mon bonheur repose aussi, il faut bien le dire, sur le fait que notre planète et ses écosystèmes soient en mesure de continuer à supporter les appétits et les excès de notre organisation sociale et économique bien particulière, mais ça c’est une autre question. Là, la réponse est connue et facile à fournir… à condition qu’on veuille l’entendre…

 

Pour conclure, le plus grand miracle accompli par notre organisation sociale et économique, c’est bien que tout le monde accepte de jouer le jeu en sachant que les dés sont pipés. Dans un jeu de société joué entre amis, on appellerait ça de la tricherie… et on refuserait de jouer. Dans le jeu social (le vrai, celui de notre réalité de tous les jours), on appelle ça de la justice… et tout le monde doit jouer! J’aurais pu écrire un blogue faisant état de statistiques qui montrent que notre époque en est une d’augmentation des inégalités sociales partout sur la Terre : entre les continents, entre les nations, à l’intérieur des nations, les plus riches comme les plus pauvres. Ce travail de démonstration a déjà été fait à maintes reprises et il ne sert pas à grand chose si on accepte de jouer un jeu où l’on sait que les dés sont pipés… J’aime à penser que si on a collectivement inventé ce jeu, cette forme d’organisation sociale et économique, on pourrait en inventer un autre qui permettait un peu plus à tout le monde de vraiment jouer et cela sur une planète qui ferait partie de l’équation à long terme…

 

Bonne soirée au théâtre avec notre relève les 6 et 7 août! Comme le disait le parolier du groupe Harmonium : « On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter… »
 

Luc Bussières
@LucBussières

 

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